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Supercanon !

Publié le par Yv

Supercanon ! Le marchand d'armes qui visait les étoiles, Philippe Girard, Casterman, 2023

"Depuis l'enfance, Gerry n'a qu'un rêve, inspiré de Jules Verne : celui de pouvoir expédier le courrier par canon à l'autre bout de la planète." (site de l'éditeur) Né en 1928, orphelin de sa mère encore bébé, puis de sa tante qui l'a élevé les premières années, il est recueilli chez un oncle et une tante à Kingston en Ontario, au Canada. Élève précoce, il est admis malgré son jeune âge dans un internat jésuite. Puis, diplômé très jeune en tant qu'ingénieur spécialisé en balistique, il se met à travailler sur son projet de canon à courrier. Ses études intéressent des gouvernements à des fins beaucoup moins pacifiques.

Cet album est inspiré de la vraie vie de Gerald Bull, l'un de ceux qui ont révolutionné la balistique moderne, tout en n'ayant à l'esprit que de réaliser ses rêves et notamment celui de faire parvenir le courrier très rapidement. Tout cela bien avant l'Arpanet qui inspirera l'Internet.

Alors grand naïf idéaliste ? Sordide marchand d'armes ? Que penser du Dr Gerry ? Lui-même hésite lorsque, dans ses rêves, il est interpellé par Jules Verne en personne : "Produire des instruments de mort... Était-ce bien là ton rêve ? [...] Quand j'ai écrit De la terre à la lune, je voulais inspirer des rêveurs, pas des meurtriers. Au lieu d'être un humaniste qui œuvre pour le bien commun, tu es un destructeur hypocrite." (p.72/73)

Philippe Girard s'applique à décrire et dessiner un homme bon et ambigu, qui, toute sa vie, ne voudra qu'aider et qui, pour ce faire, n'hésitera pas à se compromettre avec tous les gouvernements autoritaires du globe. Il y a sans doute une part de naïveté chez lui, mais je ne peux me départir d'un sentiment de duperie, d'hypocrisie, comme lorsqu'il répond à sa femme qui commence à émettre des doutes : "Voyons, chérie, je suis un scientifique ! On ne blâme pas l'inventeur du moteur à essence chaque fois qu'il y a un accident de la route !" (p100)

Un album très coloré, assez classique dans le trait et la construction, qui sonde l'homme dont il parle, qui met en avant ses ambiguïtés, ses contradictions. C'est bien fait, Philippe Girard sonde son héros profondément, lui fait rencontrer en rêves son héros Jules Verne et en réalité, des gens moins recommandables. Il évoque assez fortement également la guerre froide et les différents conflits dans lesquels, les pays fabricants d'armes font du commerce, sans état d'âme, juste pour le profit. Tous les services secrets sont sur le dos du Dr Gerry, soit pour l'amener à collaborer soit pour bloquer ses activités.

La bande dessinée est bien documentée et sa lecture est édifiante, instructive et très aisée d'accès. Philippe Girard, québeccois, raconte le parcours d'un compatriote, comme il l'avait déjà fait avec son Leonard Cohen sur un fil, même si cette fois-ci, son Dr Gerry est fictif, très largement inspiré de Gerald Bull.

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