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Colombian psycho

Publié le par Yv

Colombian psycho, Santiago Gamboa, Métailié, 2023 (traduit par François Gaudry)

Bogotá, Colombie, des membres humains sont retrouvés, enterrés en divers endroits d'une friche. Un peu par hasard, le propriétaire de ces membres est retrouvé, vivant, emprisonné pour uxoricide. Le procureur Edilson Jutsiñamuy est chargé de l'enquête, aidé par la journaliste Julieta Lemaza et son assistante, Johana, une ex-guérillera. De découvertes étranges en découvertes macabres, les deux jeunes femmes font la connaissance d'un romancier qui pourrait être menacé par ses romans qui ont une drôle de ressemblance avec l'affaire qui les occupe : Santiago Gamboa.

Sous la quasi ininterrompue pluie colombienne, l'équipe d'enquêteurs se retrouve confrontée à une histoire qui mêle les milices paramilitaires, particulièrement entraînées et efficaces.

Que dire de ce pavé, sinon que c'est un excellent roman ? Foisonnant, qui semble partir dans tous les sens, jouer avec tous les genres et s'en jouer, s'amuser avec les lecteurs et les captiver dans un jeu entre la réalité et la fiction. Que dire d'un auteur qui s'insère en tant que personnage mi-réel-mi-fictif dans sa propre fiction ? Mégalomanie ou envie de s'amuser, de casser les codes ? Évidemment dans le cas de Santiago Gamboa, je penche vers la seconde hypothèse, qui lui permet également de parler de son pays, des années de guérilla, de la corruption au plu haut du pouvoir, des arrangements des politiques avec la justice et avec des gens peu recommandables, pour parvenir à être élus, de milices qui exercent encore un pouvoir certain.

Santiago Gamboa est un conteur hors pair qui nous fait rencontrer un vice-procureur incorruptible et tenace sans une once de violence en lui, originaire d'un des peuples indigènes d'Amérique du sud, les Huitotos, des policiers efficaces, décalés, une journaliste pugnace, une détenue qui souffre d'un trouble dissociatif de l'identité, un détenu démembré et émasculé qui depuis  le féminicide qui l'a envoyé en prison, voue sa vie à Dieu, un gourou, des paramilitaires... Son roman est dense, énergique, sans temps mort malgré son épaisseur de presque 600 pages. Il manie l'humour avec un plaisir évident, l'ironie, le sarcasme, le décalage, l'alternance de belle formule avec du trivial, un sens de la formule qui fait mouche : "C'est fait, collègue, il est sous bonne garde. Il était tout peinard dans sa chambre, du moins avec deux compatriotes spectaculaires de sexe féminin en petite tenue, ou plutôt sans tenue du tout, qui se consacraient à la renommée des services d'escort et de la fraternité latino-américaine." (p.564)

Et son intrigue, alambiquée à souhait, qui nous mène de surprise en rebondissement et vice-versa, qui permet d'explorer la société colombienne, sa justice, tient en haleine le lecteur jusqu'au bout. Bref, du grand art que ce roman de Santiago Gamboa, qui cite abondamment d'autres auteurs, des sud-Américains, des Français... et dont j'ai déjà lu deux autres livres, très différents : Des hommes en noir, un thriller assez dur et Une maison à Bogotá.

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