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Vendredi 24 mai 2013 5 24 /05 /Mai /2013 06:21

renaitre-de-tes-cendres-1279722-250-400.jpgRenaître de tes cendres, Dominique Lin, Élan sud, 2011

Léon a du mal à se remettre de la mort de Danièle sa femme. Sans emploi, ne survivant que grâce aux minimas sociaux, il fréquente Le Rideau rouge, un café dans lequel il retrouve toujours les mêmes copains, notamment le Pacha. Un jour, il retrouve une opportunité de retravailler, commercial dans la finance. Mais c'est sans compter avec son passé qui remonte brutalement : son embrigadement dans une secte dans laquelle il a entraîné Danièle, la plus grande partie de leurs vies gâchée.

Il y a quelques temps, Dominique Lin me contactait pour me demander de lire et chroniquer l'un de ses romans, ce fut pour moi Passerelles pour lequel j'eus un bel accueil, et garde une très belle impression. Alex reçut elle, Renaître de tes cendres et à son initiative, nous avons échangé nos envois ; merci pour cette idée Alex. 

Encore une fois, Dominique Lin parle d'un homme normal, lun de ceux que l'on peut rencontrer dans la rue ou au bistrot ou même avoir dans ses connaissances, pas forcément dans tous les traits de caractère, mais dans certains : un homme de 50 ans, au chômage, veuf, qui ne sait plus quoi faire pour se sortir de cette spirale, qui trouvera une ressource dans la lecture de Diderot et l'écriture. Il se prénomme Léon (comme feu mon papa, c'est dire si le prénom me parle). 

L'écriture de D. Lin est toujours aussi belle, parfois poétique, même dans le quotidien et non dénuée de sourire : "Au bout d'une heure, le bar se remplissait. Depuis la loi d'interdiction de fumer à l'intérieur, on ne sentait plus le tabac, remplacé par les effluves de pastis et les odeurs de cuisine mêlées, selon la volonté du Pacha, aux parfums d'Orient ou de la Méditerranée. Jeudi, c'était le couscous, seul jour où les histoires de riads bénéficiaient d'un accompagnement olfactif. Le Maghreb sur fond de sardines grillées du vendredi n'avait aucun sens, on lui aurait préféré le port de Marseille ou les côtes bretonnes, mais ils n'appartenaient pas à l'univers du Pacha." (p.13/14) Certes, le sourire ou le rire ne sont pas le propre de ce roman qui se penche plutôt sur les questionnements d'un homme arrivé au mitan de sa vie sans avoir rien construit. Pas gai, évidemment, mais profond. L'auteur réfléchit et fait réfléchir Léon sur le sens de la vie, sur la religion, les sectes, l'embrigadement en général fut-il spirituel ou social ("Adrien, tu connais la différence entre une religion et une multinationale ? - Non ? - La date de réunion. La religion, c'est le dimanche et la multinationale, le lundi matin..." [p.140])  la société de consommation, le prêt-à-penser comtemporain ("Combien de journalistes accolent le terme de philosophe à certains contemporains dont le discours relève parfois de la sottise ou de la ségrégation ! Ce n'est pas parce qu'on pense beaucoup qu'on pense bien et le bien n'a de valeur que s'il s'adresse au plus grand nombre, pas à une poignée de privilégiés ou d'intellectuels perdus dans des sphères hermétiques" [p.97/98]). De très belles pages également sur l'amour qui unissait Léon et Danièle, notamment les deux premières, sorte de prologue du livre et d'autres sur l'absence et sur la manière de penser à ses proches décédés, dont cette réflexion suivante que je fais mienne depuis longtemps déjà, mais quand c'est bien écrit, c'est encore mieux :

"Tu m'avais dit qu'il n'y avait pas besoin de se recueillir à une place précise pour penser à quelqu'un, comme il n'était pas nécessaire d'avoir un toit pour prier. Le souvenir d'un défunt ne se limite pas à des données géographiques, il habite celui qui reste, partout où il va." (p.129)

Vous l'aurez compris sans peine, j'ai aimé ce livre, autant que Passerelles, deux bonnes raisons pour vous initier à l'écriture de Dominique Lin, qui, il m'en excusera je l'espère, commet un anachronisme, pas essentiel à la bonne compréhension du livre et de ses personnages, mais qui fait désordre, en plaçant Denis Diderot (1713/1784), page 99,  spectateur des campagnes napoléoniennes, qui n'auront lieu qu'après la mort du philosophe, puisque se déroulant entre 1789 et 1814. (Napoléon Bonaparte 1769/1821).

Par Yv - Publié dans : Mes lectures - Communauté : Les lectures de Florinette
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Mercredi 22 mai 2013 3 22 /05 /Mai /2013 06:20

bangalore.jpgL'inconnue de Bangalore, Anita Nair, Albin Michel, 2013 (traduit par Dominique Vitalyos)

La première nuit du Ramadan à Bangalore, un jeune prostitué est agressé et brûlé vif. Puis, un autre meurtre suit, la victime est un homme étranglé et égorgé par un fil garni de petits morceaux de verre, comme la première victime. L'inspecteur Borei Gowda se voit confier l'enquête. Gowda est un flic qui approche de la cinquantaine, brimé dans ses avancements à cause de son mauvais caractère, de sa manie de suivre son instinct plutôt que les procédures. Un jeune homme, l'inspecteur-adjoint Santosh est affecté dans son service.

Petites précisions géographiques avant d'entamer mon billet : Bangalore est une ville du sud de l'Inde, d'environ 8.5 millions d'habitants, capitale de l'État du Karnataka, considérée comme la Silicon Valley indienne (source : Wikipédia et l'éditeur).

Revenons maintenant au roman d'Anita Nair qui m'a fort agréablement surpris. J'avoue, à ma grande honte (ouh, ouh, ouh), avoir une idée dépassée de l'Inde, des habitants réservés, un rien compassés, des us et coutumes très ancrés. Il me faut dire également que ce n'est pas un pays pour lequel j'ai un intérêt particulier et que je ne suis jamais allé chercher d'information sur la vie moderne indienne. Tous mes préjugés volent en éclat et c'est tant mieux. Ce polar met en scène à la fois des coutumes et des scènes ou des moeurs beaucoup plus modernes : il y est beaucoup question de sexualité, de trans-sexualité, des rapports qu'entretiennent entre eux les gens d'une grande ville, de la corruption, des accointances entre politiques et chefs de la police, de prostitué(e)s, de sans-papiers, de faux-monnayeurs, d'eunuques et de travestis. L'auteure réussit le tour de force de donner beaucoup de modernisme tout en gardant les traditions de son pays très présentes. Son personnage principal Borei Gowda n'est pas un mec éminemment sympathique, ni antipathique d'ailleurs, il est mal embouché, bourru, néanmoins, il a des côtés touchants et attachants, mais s'emporte très vite, ne supporte pas beaucoup les autres : "Gajendra pâlit. C'était toujours comme ça quand la tendance de Gowda à la méchanceté remontait à la surface. Il parlait sur un ton suave qui, au lieu de désamorcer la violence intérieure, l'amplifiait. Le brigadier éprouvait une grande sympathie pour Santosh. On avait vu des hommes plus endurcis retenir leur souffle quand Gowda optait pour la douceur." (p.39)

Il a des raisons pour être comme cela, c'est un excellent flic, doté d'un sixième sens, mais qui se heurte à la hiérarchie souvent plus occupée à s'occuper d'elle-même que des meurtres commis dans les rues, fussent-ils perpétrés par un tueur en série : "Il se passe beaucoup de choses dans votre juridiction. Des Africains en ont fait leur quartier général. Certains sont impliqués dans un trafic de drogue. Occupez-vous de ça. Il y a aussi un consortium de propriétaires de carrières en quête de bons filons qui voudrait qu'on regarde ailleurs. Mettez-y bon ordre. Ça nous fera le plus grand bien, à vous comme à moi. Laissez ces absurdités de tueur en série à la Criminelle." (p.217)

D'aucuns pourront dire qu'il n'y a là rien de nouveau. Certes, je ne crois pas qu'Anita Nair veuille révolutionner le roman policier, mais elle y ajoute un contexte géographique, politique assez différent de ce que je peux lire habituellement. Ça suffit pour me plaire, surtout si dès lors qu'on tente de comprendre qui peut être le ou la coupable, on patauge un peu, A. Nair nous embrouillant avec des termes indiens tels "Anna" (=frère aîné), "Akka" (=soeur aînée)", certes expliqués en un bienvenu glossaire de fin de volume, mais qui, s'ils peuvent désigner une personne particulière -celle que l'on pense être un coupable parfait- sont aussi des termes génériques qui peuvent s'adresser à plusieurs personnes -donc d'autant plus de suspects.

Voilà donc pour ce polar indien qui devrait plaire à un grand nombre de lecteurs, peut-être pas aux plus exigeants des amateurs de romans policiers qui en verront les ficelles, sauf s'ils se laissent prendre par l'ambiance mi-moderne mi-traditionnelle qu'a su créer Anita Nair.


Merci Laure.

PS : petite note à l'attention de D. Vitalyos, le traducteur, qui cette fois-ci pourrait revenir me voir avec des intentions plus sympathiques et des mots (lui qui a l'habitude de les manier) moins désagréables que pour le livre de Tarun Tejpal.

 

thrillers

Par Yv - Publié dans : Mes lectures - Communauté : Culture Polar
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Lundi 20 mai 2013 1 20 /05 /Mai /2013 06:22

Sentiers-sous-la-neige_2.jpgSentiers sous la neige, Mario Rigoni Stern, Éd. La fosse aux ours, 2000 (traduit par Monique Baccelli)

Recueil de nouvelles construit en trois parties, la première étant plutôt des nouvelles romancées dans lesquelles parfois l'auteur se met en scène (elles paraissent plus romancées car l'auteur s'exprime par l'intermédiaire d'un narrateur en "il"), la deuxième est plus autobiographique (il s'exprime avec "je") et la troisième raconte le rapport que Mario Rigoni Stern entretient avec la nature dans sa vie quotidienne.

Comme à chaque fois qu'il s'agit de nouvelles, je n'excelle point à les décrire et donner mon avis (si tant est que je puisse exceller en quoi que ce soit d'ailleurs). Les histoires qui m'ont le plus touché sont celles de la première partie, plus romancées car mettant en scène des personnages qu'on pense fictifs, mais qui vivent des situations réelles, celles qu'ont vécues des soldats italiens pendant la guerre.

- ... comme tu es maigre , frère ! : la nouvelle qui ouvre le livre raconte l'errance d'un soldat évadé d'un camp de prisonniers en Prusse et qui marche des jours et des jours pour tenter de rallier son village, à la fin de la guerre. Il traverse des paysages qui ont changé, rencontre des Partisans pas toujours bien intentionnés, des civils qui l'aident. "A chaque coin de rue son regard tombait sur les ruines des bombardements, mais ça ne le troublait pas vraiment. Depuis des années, et sur des milliers de kilomètres, il n'avait vu que ruines et cadavres." (p.27)

- Polenta et froumage, c'est bong... : sans doute la plus jolie des nouvelles, celle dans laquelle un vieil homme, ancien soldat qui ne marche plus beaucoup demande à sa petite fille d'aller sur les lieux de sa guerre en tant que Partisan. Il lui demande de regarder, de revoir certaines personnes et de tout lui raconter à son retour.

- Ensorcellement : Lorenzo est un ouvrier sérieux et très qualifié, il travaille dans une scierie. Ouvier modèle jusqu'à ce que "Les yeux d'une jeune femme [pointent] sur lui. Plus profonds que le ciel nocturne, plus lumineux que le soleil sur la neige, humides comme ceux d'une jeune biche." (p.59)

- Auberge de frontière : l'histoire d'une auberge au fil des ans de sa naissance en tant qu'abri pour la garde sanitaire en 1613 jusqu'aux toutes dernières années, sur la route qui relie la Vénétie au Tyrol.

Dans toutes les nouvelles du livre il est question du pays de Mario Rigoni Stern, né en 1921 à Asagio, en Vénétie au Nord-est de l'italie (et mort au même endroit en 2008). Tout le relie à la tradition des bergers, de la polenta et du fromage à une certaine manière de vivre (ou art de vivre) à l'ancienne, où prendre du temps n'était pas un luxe ou un privilège. De la nostalgie et beaucoup de tendresse pour le pays et ses habitants humains et tous les autres animaux, oiseaux, écureuils, chevreuils, ... Beaucoup de poésie également, notamment dans la nouvelle intitulée Neige dans laquelle il décrit toutes les neiges de son pays de celle qui commence à tomber en octobre jusqu'à celle qui peut subvenir parfois en été.

Un texte tout en sobriété, aucun mot n'est en trop, pas de grandes envolées pour décrire ses montagnes, ses marches ou la guerre. C'est du direct point dépourvu de poésie, des textes qui même lorsqu'ils sont plus anodins restent d'une qualité exceptionnelle.

Mario Rigoni Stern est un écrivain incontournable en Italie, ami de Primo Levi, qui a lui aussi connu la guerre, les camps et dont les thèmes d'écriture principaux sont tous présents dans ce recueil. De lui, j'avais déjà lu et aimé Histoire de Tönle.

Par Yv - Publié dans : Mes lectures - Communauté : Les lectures de Florinette
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Samedi 18 mai 2013 6 18 /05 /Mai /2013 06:22

jim-sullivan.jpgLa disparition de Jim Sullivan, Tanguy Viel, Minuit, 2013

Tanguy Viel, après avoir lu beaucoup de littérature française a eu une période assez longue de lecteur de littérature américaine. Il se demande alors pourquoi les romans américains sont quasi-universels, traduits dans tous les pays et décide de s'atteler à l'écriture de son roman américain. Son héros s'appellerait Dwayne Koster, professeur de littérature américaine à l'université, 50 ans, divorcé, ne supporterait pas la séparation, habiterait Detroit.

En général, je suis emballé par les livres de Tanguy Viel. Il a l'art de m'intéresser à une histoire banale, par la subtilité de son écriture, ses longues phrases, ses personnages mis pourtant dans des situations déjà lues ou vues. Son dernier roman est encore mieux : il utilise les mêmes bases, mais en plus il décortique le roman américain, intervient sans cesse en tant qu'écrivain pour dire ce qu'il pourrait faire. De fait, on a à faire à un écrivain qui nous raconte comment il construit son roman. Il absorbe toutes les règles pour fabriquer un roman international, car il faut bien le dire, nombre de romans états-uniens sont calibrés, pré-construits, les rebondissements arrivant à tel et tel chapitres, la minute sentimentale itou... un peu comme les films du même pays, ou comme le camembert d'une grande marque (mais français, l'honneur est sauf) : surtout ne pas déstabiliser le client, lui apporter toujours la même chose, le même plaisir, le garder, le guider. Personnellement, je n'aime pas cela, je vois peu de films hollywwodiens, lis peu de -gros- livres états-uniens et mange du camembert au lait cru, moulé à la louche : j'aime qu'on me surprenne.

Tanguy Viel écrit son roman américain finalement très français (et tant mieux, le contraire m'eût sans doute moins plu) parce qu'il explique toute la méthode, tous les clichés et les stéréotypes du genre, sans critiquer : il constate. Il explique la différence entre un roman français et un roman états-unien :

"Je ne dis pas que tous les romans internationaux sont des romans américains. Je dis seulement que jamais dans un roman international, le personnage principal n'habiterait au pied de la cathédrale de Chartres. Je ne dis pas non plus que j'ai pensé placer un personnage dans la ville de Chartres mais en France, il faut bien dire, on a cet inconvénient d'avoir des cathédrales à peu près dans toutes les villes, avec des rues pavées autour qui détruisent la dimension internationale des lieux et empêchent de s'élever à une vision mondiale de l'humanité. Là-dessus, les Américains ont un avantage troublant sur nous : même quand ils placent l'action dans le Kentucky, au milieu des élevages de poulets et de des champs de maïs, ils parviennent à faire un roman international" (p.10)

Et T. Viel de raconter la vie de ses personnages, Dwayne qui épie son ex-femme qui vit désormais avec l'un de ses ex-collègues prof de l'université, celui qu'il détestait, qui ne voit plus ses enfants, qui va pour tenter de reconquérir sa femme se compromettre. Il passe aussi rapidement sur les traumatismes de cet ex-du Viet-Nam (il a bien failli y aller à un jour près), sur la désormais inévitable dans les romans guerre d'Irak et l'encore moins évitable 11 septembre 2001. On avance dans son roman, on suit Dwayne et les autres personnages, on comprend toute son histoire et on s'y intéresse et dans le même temps, l'auteur intervient et nous dit ce qu'il aurait pu écrire ici ou là pour faire un vrai roman américain, il le dit à ses lecteurs en quelques lignes, dans ses phrases toujours aussi longues et belles là où un romancier états-unien prendrait un ou deux chapitres par idée évoquée ; cela se ressent sur le poids du livre, rarement moins de 400 voire 500 pages pour un roman international et 153 pages pour Tanguy Viel que je ne remercierai jamais assez pour sa concision alors qu'il ne passe aucun thème récurrent du roman américain.  A propos de concision, je vais peut-être stopper là moi aussi en précisant que ni Tanguy Viel (si je l'ai bien compris) ni moi n'avons rien contre le roman international, contre les auteurs états-uniens en général, c'est un genre qui plaît, à juste titre, même s'il n'est pas celui que je lis le plus couramment. Personnellement, je préfère et de très très loin LE roman américain de Tanguy Viel qui une fois de plus aura su me passionner, me surprendre et me captiver avec une histoire et des personnages loin d'être originaux. Du très bon travail, un roman excellent, n'ayons pas peur des mots. Tout ce que j'aime est dedans.

D'autres avis sur Babelio, Clara, Véronique, Krol, ...

Par Yv - Publié dans : Mes lectures - Communauté : Culture Polar
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Jeudi 16 mai 2013 4 16 /05 /Mai /2013 06:27

L_alcool_et_la_nostalgie_large.gifL'alcool et la nostalgie, Mathias Énard, Actes sud-Babel, 2012 (Éd.Inculte, 2011)

Mathias part à Moscou pour accompagner en train la dépouille de son ami Vladimir jusqu'à Novossibirsk. C'est Jeanne avec qui il a vécu, étudiant à Paris, puis à Moscou en même temps que Vladimir qui l'a prévenu du décès de leur ami. C'est pour Mathias le moment de faire le point sur cette amitié entre eux deux, cet amour entre les deux hommes et la femme. 

Jusque là je n'avais pas encore lu Mathias Énard, ce qui est bien fait pour moi. Je ne sais pas pourquoi je n'avais pas osé ouvrir un de ses livres, parce que la surprise fut bonne, excellente même. Ce tout petit roman est certes court mais intense. Si les questionnements ne sont pas nouveaux : la mort, l'amitié, l'amour, l'alcool, la drogue, le début de la vie d'adulte, les tourments de jeunes gens mal dans leur peau, dans leur vie et dans la société, ... la manière de les mettre en page est tout simplement magistrale. Une écriture belle, de longues phrases qui peuvent tour à tour être lentes lorsqu'elles décrivent les superbes -ou très moches- paysages russes et leur histoire :"J'irais bien sur le Bosphore après une croisière sur la Volga, descendre le fleuve jusqu'à Astrakhan au nord de la mer Noire, puis me laisser glisser doucement vers Istanbul, on verrait Kazan et Stalingrad, deux batailles russes ; on verrait l'île où s'installa Ivan le Terrible avant de prendre Kazan et de mettre fin au khanat héritier de la Horde d'or, terminée la domination mongole en Russie, place à l'encens, aux moines et aux popes barbus." (p.44) ou rapides lorsque le narrateur parle de ses affres de ses doutes et de ses douleurs : "... j'avais vingt ans quand j'ai lu ce livre Vlad, vingt ans et j'ai été pris d'une énergie extraordinaire, d'une énergie fulgurante qui a explosé dans une étoile de tristesse, parce que j'ai su que je n'arriverais jamais à écrire comme cela, je n'étais pas assez fou, ou pas assez ivre, ou pas assez drogué, alors j'ai cherché dans tout cela, dans la folie, dans l'alcool, dans les stupéfiants, plus tard dans la Russie qui est une drogue et un alcool j'ai cherché la violence qui manquait à mes mots Vlad, dans notre amitié démesurée, dans mes sentiments pour Jeanne, dans la passion pour Jeanne qui s'échappait dans tes bras..." (p.42)

M. Énard parle formidablement bien du sentiment amoureux, de l'amitié, de la jalousie du manque d'une personne aimée. S'y ajoute la défonce, drogue et alcool, nécessaire pour ces jeunes gens pour surmonter leur difficulté à vivre tout simplement. Et les petits -ou gros- plus ce sont d'une part les paysages russes enneigés, pas toujours très beaux, certains étant de simples vestiges de l'époque communiste, blocs de béton abandonnées, murs de goulags, d'autre part les pans d'histoire de ce pays qu'il insère entre deux descriptions, entre deux questionnements des héros et enfin, les souvenirs de lecture des grands écrivains russes, eux qui ont su donner de leur pays une image forte et ont su écrire sur la fameuse âme slave.

Eh bien que me reste-t-il à dire ? Que je relirai très certainement M. Énard qui m'a enchanté dans ce récit très nostalgique et mélancolique, que j'espère que le plaisir sera de nouveau au rendez-vous de ma prochaine lecture.

Par Yv - Publié dans : Mes lectures - Communauté : Les lectures de Florinette
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Mardi 14 mai 2013 2 14 /05 /Mai /2013 06:25

marcel.gifMarcel Proust roi du Kung-Fu, Marc Lefrançois, Éd. Portaparole, 2011

Élodie a une passion pour Marcel Proust. Paul a une passion pour le Kung-Fu et Bruce Lee. Ils sont tous les deux professeurs. Elle de lettres. Lui de sport. Ils s'aiment. Leurs passions aux antipodes sont-elles compatibles, solubles dans leur vie de couple ?

Deux êtres si différents peuvent-ils s'aimer, construire leur vie ensemble, ou bien la vie se résume-t-elle à ce fameux adage : "qui se ressemble s'assemble" ? Sur ces questionnements, Marc Lefrançois construit son court roman. Ce qui est bien c'est  qu'il évite la posture facile de l'écrivain pour qui, bien sûr Marcel est plus fort que Bruce. Peut-être parce que d'après sa courte biographie, sur le rabat de première de couverture, il est écrit que M. Lefrançois a été prof de lettres et qu'il est un spécialiste d'un art martial japonais, le Taido ? En fait, Marcel tout autant que Bruce, ou Élodie tout autant que Paul se font gentiment railler. Car ce roman est drôle, écrit sur un ton léger même s'il aborde finalement des questions essentielles sur la vie en couple, la vie en société, l'écoute de l'autre, la tolérance, et caetera, et caetera

La vie de couple n'est point aisée tous les jours (croyez-moi, je suis marié depuis pfff..., quelques années) et si les centres d'intérêts sont opposés, elle doit être un sport quotidien : "A ces moments, Élodie et Paul devait avoir la même pensée : "Il y a des couples qui durent toute leur vie. Comment faisaient-ils ? Peut-être mouraient-ils plus tôt que les autres ?" (p.38) Réflexion pas totalement dénuée de fond puisque jadis, nos aïeux se mariaient et ça durait jusqu'au bout, mais leur espérance de vie était moindre que la nôtre qui continue d'augmenter de trois mois par an : donc quand on prend une année on ne se rapproche de la fin que de 9 mois (dixit je ne sais plus quel expert sur le plateau de F. Tadéi, un soir) !

Personnellement -puisque c'est mon blog je peux parler de moi- je ne suis fan ni de l'un ni de l'autre ; Marcel, je l'ai lu un peu, ai calé beaucoup, ai aimé ce fabuleux passage de la madeleine mais ne suis pas vraiment allé au-delà malgré plusieurs tentatives, mais peut-être sur mes vieux jours... Bruce, j'ai vu des films une fois peut être deux (il faut bien avouer que l'effort est moindre que pour lire une seule fois un tome de La recherche du temps perdu), n'ai pas lu de livre de lui : "Il est vrai que Bruce Lee avait moins écrit que Marcel Proust. Néanmoins, il y avait quand même son livre sur le Jeet kune Dao, l'art martial qu'il avait inventé et son monumental Pensées percutantes ou la sagesse du combattant philosophe." (p.29)

 

Un roman qui traînait chez moi depuis un moment et dont le titre me faisait de l'oeil. J'ai fait du rangement ai réduit considérablement ce que beaucoup appellent une PAL (Pile A Lire, j'ai mis du temps à comprendre ce que cet acronyme signifiait, la blogosphère en est pleine et souvent je n'y entrave rien, celui-ci au moins je l'ai retenu. Et encore je ne vous parle pas des flux RSS, des CSS que je vois fleurir un peu partout et dont je ne sais rien : je sais juste publier un article, le mettre en page et y coller une photo, le reste, je patauge.)

Pouf, pouf, je m'égare, revenons à Marcel et Bruce réunis dans un roman au ton léger qui ne l'est pas tant que cela même s'il ne se prend pas au sérieux. Suis-je bien clair ?

Marc Lefrançois est écrivain et aussi blogueur : ici. 

Par Yv - Publié dans : Mes lectures - Communauté : Les lectures de Florinette
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Dimanche 12 mai 2013 7 12 /05 /Mai /2013 06:25

jane.gifJane Eyrotica, Charlotte Brönte et Karena Rose, MA Éditions, 2013 (traduit par Madame Lesbazeilles Souvestre et Lucie Clarance)

Jane Eyre est une jeune orpheline élevée par sa tante qui ne l'aime pas. Elle la traite plus comme une servante que comme sa nièce. Elle est sous la coupe sexuelle de son cousin John qui la maltraite. Envoyée à l'Institut Lowood qui recueille des orphelines, Jane y vit  misérablement les premières années ; elle s'y fait une amie Helen et un ami Jack avec qui elle aura une aventure. A la fin de ses études, elle devient professeure, puis gouvernante au manoir de Thornfield. Elle ne reste pas insensible au charme du propriétaire du manoir, M. Rochester.

Karena Rose reprend le texte de Charlotte Brönte (traduit par Madame Lesbazeilles Souvestre), coupe des passages ici où là, jugés par elle sans doute trop longs ou inutiles et y glisse ses propres mots, des scènes de sexe très claires mais point trop chaudes. Je ne connais pas Jane Eyre, ne l'ai jamais lu ni vu malgré les multiples adaptations cinématographiques et ne suis pas très tenté. Lorsque j'ai reçu ce livre par Gilles Paris, je me suis d'abord dit que je ne le lirai pas, puis piqué par la curiosité (et sans doute alléché pas la future lecture de scènes osées) j'ai franchi le pas.

Je ne peux pas dire que je me suis ennuyé, certes non, mais je ne vois pas trop l'intérêt de réécrire un classique de la littérature en y ajoutant des scènes sexuelles. Sans doute dans l'oeuvre originale y-a-t-il de la sensualité, une tension sexuelle palpable, mais ce qui est suggéré est souvent plus fort que ce qui est décrit. A part surfer sur la vague du "porno soft"  (ce dont l'éditeur ne se cache d'ailleurs pas dans le dossier de presse : "Jane Eyrotica une version en corset des débordements sexuels de Cinquante Nuances de Grey"), je ne vois pas l'intérêt d'un tel travail. Dès lors pourquoi pas Les trois Mousse-queue-taires en version érotique (dans les quatre, on doit bien pouvoir faire un couple gay, ce serait pile dans l'air du temps. Pas D'Artagnan, il est pris avec Constance ! Ou alors, il est bi.), ou Porn-Dame de Paris, avec Esmeralda en amoureuse un brin nympho et Quasimodo en queutard fini ? Pouf, pouf, désolé, je m'emporte un peu, mais au fond, peut-être n'est-ce pas si sot, une belle et nouvelle façon de lire et faire lire les classiques, parfois rébarbatifs. A quand l'étude au lycée de Les fleurs du mâle  (ou L'effleure du mâle) et au collège de Le capitaine Fracasse (même pas besoin d'adapter le titre, merci Théophile Gautier) ? Ici, chacun pourra à sa guise ajouter les titres de ses classiques préférés à la sauce -si je puis me permettre- érotique.

Ne connaissant pas Jane Eye, l'oeuvre originelle, je ne sais pas si elle est beaucoup transformée ou pas, elle doit l'être un peu dans l'âge de l'héroïne puisque dans le livre de C. Brönte elle arrive à l'orphelinat à 10 ans (je me suis un peu renseigné quand même) et que dans celui de K. Rose, elle a seize ans et a déjà eu des relations sexuelles avec son cousin. Elle doit l'être aussi dans le fond de l'histoire car je ne suis pas sûr qu'à l'époque, coucher avec son cousin, avec le jardinier (sauf peut-être Lady Chaterley) ou avec un encore-inconnu était preuve d'une bonne éducation. J'ai quand même l'impression que la nouvelle version remplace aisément la sensualité et le désir en passages à l'actes faciles, ce qui enlève du charme des (longs, parfois très longs) préliminaires à l'amour du XIXe. Et puis, pour enfoncer le clou, les scènes chaudes (pas si nombreuses qu'espéré, que cela) si elles sont plus explicites que celles des nuances de Grey (ce que j'ai pu en lire dans la presse ou ailleurs me faisait mal de pauvreté de style, d'invention littéraire et de platitude) ne sont pas non plus à absolument ne pas mettre entre toutes les mains, cependant vous aurez soin d'éviter celles, innocentes des petits.

Par Yv - Publié dans : Mes lectures - Communauté : Les lectures de Florinette
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Vendredi 10 mai 2013 5 10 /05 /Mai /2013 06:06

trottoirs.jpgTrottoirs du crépuscule, Karen Campbell, Fayard, 2013 (traduit par Stéphane Carn et Catherine Cheval)

Anna Cameron, jeune femme flic, prend la direction d'une nouvelle unité, une brigade d'intervention rapide sur le Drag, le quartier des prostituées de Glasgow. Mal acceptée par ses collègues qu'elle dirige, elle doit s'imposer, mener l'enquête sur les filles qui se font agresser en dépit des effectifs réduits, de la mauvaise volonté de son équipe et de sa vie amoureuse tourmentée, maîtresse d'un flic bien placé et ex-petite amie d'un de ses subordonnés aujourd'hui marié et père de famille.

Excellent roman policier atypique. Atypique parce qu'il ne se focalise pas sur une seule personne ni sur une seule enquête. C'est la vie quotidienne de l'unité d'intervention dirigée par Anna, la Flexi et la vie quotidienne des gens qui y travaillent. Le fil rouge est bien sûr les agressions envers les prostituées, l'intrigue qui file tout au long du livre et qui prend une grande partie du temps des intervenants. Mais il y a aussi la rencontre d'Anna avec Ezra, un vieil homme attachant qui se fera tuer et dépouiller, une manifestation d'orangistes (Irlandais protestants) en plein coeur de Glasgow.  Néanmoins, la part belle est faite aux relations entre les personnages :  l'ambiguïté entre Anna et Jamie, son ex-petit ami, l'animosité entre Anna et Jenny, la policière sous ses ordres, réticente à toute remarque venant d'elle, ...

Karen Campbell s'intéresse à tous ses personnages, même les seconds rôles, comme Billy Wong, le jeune flic d'origine asiatique, dont on aimerait bien qu'il intègre son équipe. Elle développe plus les caractères d'Anna, de Jamie et de Cath, sa femme et de quelques autres. On  sait presque tout de la pauvreté sentimentale d'Anna, du couple de Jamie et Cath qui part en vrille après la naissance de leur fille et des interactions du travail sur la vie privée et inversement. Elle ne tente pas de nous rendre tel ou tel sympathique, elle n'omet pas ses défauts, comme la tendance à l'emportement d'Anna ou son égoïsme, ou la déprime de Cath, son laisser-aller, ...

On est à la fois en plein coeur du commissariat et en plein coeur des vies des flics, et c'est une très bonne nouvelle, ça fait de ce roman plus qu'un roman policier parmi d'autres. Je n'ai rien contre le genre policier, mais il arrive parfois qu'on tombe sur un livre de ce style qui ne laisse place qu'à l'intrigue au mépris des personnages ou d'une certaine réalité. Pourquoi pas, il en faut pour tous les goûts, et si c'est bien fait, je ne dis pas non a priori. Là, on est en plein réalisme, en plein dans les quartiers chauds de Glasgow avec les descriptions des lieux, parfois sordides, des gens qui y vivent dans la misère, des gens qui y travaillent, des camés, des dealers, des prostituées, ... Le langage adopté sonne juste également, entre familiarités, argot, langage un peu plus soutenu pour d'autres scènes, l'auteure joue avec les différents registres. Le fait qu'elle écrive autant sur ses personnages pourrait me faire dire qu'on est dans un polar social, sociétal ou dans un roman plus classique avec une intrigue policière en toile de fond. Un peu comme dans Furioso, un livre que j'avais beaucoup aimé pour les mêmes raisons, ou comme dans certains polars nordiques dans lesquels les personnages ont une vraie importance, presqu'une vraie vie, mais les horreurs des meurtres en moins, car là, Karen Campbell nous évite le serial killer, l'hémoglobine et les descriptions détaillées des victimes. On pourrait résumer son livre ainsi : de l'humain, beaucoup d'humain et une grosse pointe de policier pour lier le tout, ou vice-versa, mais avec toujours beaucoup d'humanité.

Karen Campbell est une ancienne flic qui écrit là son premier roman débutant ainsi une série selon l'éditeur, que je suivrai très très volontiers. Vivement la suite.

Le livre débute comme ceci (mis à part un mini prologue) : "C'était le temps idéal pour ça. Le vent avait retourné le ciel comme un gant et, par là-dessus, une petite averse avait fini de tout nettoyer. La journée s'annonçait belle.

A toi de jouer ! Anna aurait pu voir son sourire se refléter dans ses chaussures qui slalomaient entre les flaques. Quel éclat... Elle était si absorbée qu'elle ne vit rien venir. La fanfare stridente d'un klaxon à l'italienne la força à regagner précipitamment le trottoir. Le conducteur, presque couché dans sa Sinclair C5, secoua la tête et passa en trombe." (p.13)

Serial lecteur a aimé aussi.

 

thrillers

Par Yv - Publié dans : Mes lectures - Communauté : Culture Polar
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Mercredi 8 mai 2013 3 08 /05 /Mai /2013 06:04

hipnofobia_01.jpgHipnofobia, Salvado Macip, Hachette, 2013

"Un homme est retenu prisonnier dans un bunker secret de l'armée américaine, sous la garde d'un scientifique et d'un militaire. Quel est son secret ? Il ne dort pas depuis trois semaines. Ce personnage mystérieux a été retrouvé au milieu d'une centaine de corps calcinés, comme consumés de l'intérieur. Apparemment, tous étaient membres d'une sorte de secte dont on ne sait strictement rien." (note éditeur)

Je me suis ennuyé, mais ennuyé... Le début est lent, très lent. Rien ne se passe. Rien ne me retient. L'idée de départ est plutôt intéressante mais elle tombe très vite à l'eau. Eau qui délaye l'histoire, l'intrigue, la noie même. Et moi, comme je ne sais pas nager, et que je ne veux pas me noyer, eh bien, je suis resté sur le bord à m'ennuyer de plus en plus (un peu comme le mec ou la fille qui tient la chandelle dans une soirée "duo" très sympa... pour ceux qui peuvent en profiter) jusqu'au moment où je range ma pelle et mon seau et je m'en vais. Désolé Salvador, mais ton livre, il n'est pas pour moi.

 

obseques.jpgObsèques, Lars Saabye Christensen, Lattès, 2013

"Le matin du 4 janvier 2001, Kim Karlsen, âgé de cinquante ans, se réveille dans une chambre d'hôtel au nord de la Norvège. Il ne se souvient de rien. Il ne le sait pas encore, mais il est mort." (4ème de couverture)

Imaginez, vous êtes bloqués sur un lit, incapable de bouger et là, une femme à la voix criarde, ou un homme aviné (au choix selon vos préférences), vous parle sans pause, à peine de toutes petites pour reprendre son souffle : une logorhhée insupportable et vous en pouvez rien faire. vous vous sentez opressés, par ce flot de paroles inutiles qui ne semble mener nulle part si ce n'est à une lassitude pour vos oreilles et vos méninges. Vous y êtes, vous visualisez ? Eh bien, c'est exactement ce qui s'est passé pour moi avec ce roman. Je ne dis pas qu'il ne trouvera pas ses lecteurs comblés, mais moi, il me fatigue. Loin de Paasilinna qui me fait rire avec des digressions drôles et des situations loufoques. Pour reprendre une citation d'un excellent livre lu récemment, Passereles, je préfère les livres "peu épais, persuadé que quelques pages [suffisent] à exprimer l'idée de l'écrivain, le surplus n'étant que verbiage et digressions. [...] Les livres [que j'apprécie relèvent] de la concision, de la ciselure." 

Voilà c'est dit, c'est dommage. Maintenant, je vais aller ouvrir deux petits livres très tentants avant un prochain pavé de 500 pages, parce que malgré tout, il m'arrive d'en lire et même d'en aimer  !

Par Yv - Publié dans : Mes lectures - Communauté : Les lectures de Florinette
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Lundi 6 mai 2013 1 06 /05 /Mai /2013 06:21

degage.jpgDégage !, Marc Villard, Éd. In8, 2013

Théo est poète et parisien. Marine Le Pen étant devenue Présidente, la culture est très contrôlée, les écrivains ne sont plus forcément bien vus, et les poètes doivent gagner leur vie. Théo repeint et aménage les toilettes publiques de la capitale, job mal payé. Il a toujours espoir de placer un de ses poèmes : il rencontre pour cela Janine Darcier-Schwitters, sous-directrice aux affaires culturelles du Ministère des Loisirs.

Avant que la réalité ne se rapproche voire colle à cette fiction, il vaut mieux en rire, jaune certes, mais en rire. Lorsqu'on sait que la révolte naît dans le Béarn, des centristes, c'est que la France va vraiment très très mal. Mais comment pourrait-elle aller bien, Madame la Présidente a rogné sur la culture, contrôle tout, oblige les agents municipaux tels Théo à repeindre les toilettes publiques mais aussi à monter des cloisons séparant les lieux d'aisance en quatre : deux places pour les hommes, deux places pour les femmes et à l'intérieur de chaque emplacement réservé, une place pour les Français(e)s et une pour les Étranger(ère)s ?

Théo, qui après sa rencontre avec Janine a l'espoir de voir son poème publié déchante lorsque lors de la seconde rencontre, on lui dit que deux mots gênent les hautes autorités, deux mots qui en eux-mêmes sont acceptables, mais point accolés, cela "pourrait déplaire"  (p.9) ; ces deux mots : "juif sympathique" (p.8). Déçu et appelé sous les drapeaux (car le service militaire est rétabli) Théo pense rejoindre les Poètes en Résistance groupe qui lutte de Pau contre le pouvoir en place, assez mollement il faut bien l'avouer.

"-Soit tu rentres dans le rang et tu effectues cette connerie de service militaire et l'obscurantisme du pouvoir. Soit tu passes à l'opposition et tu ne tombes pas mal car les Poètes en Résistance m'ont informé que trois fronts préparent en France la future révolution. L'un des foyers de la révolte est situé à Pau, autour de François Bayrou.

- Vous me faites marcher ?

- Pas du tout. Rama Yade y dirige même un corps d'infirmières." (p.33)

Mais alors où sont les autres ? Eh bien, ils s'arrangent avec le pouvoir actuel, comme par exemple cet élu écologiste, qui depuis le rétablissement de la peine de mort et l'édification d'un échafaud, place de la République a obtenu de repeindre cet objet funeste en vert.

Très court texte qui ravira les amateurs d'ironie, de dérision et d'uchronie (qui restera toujours uchronie espérons-le). Le déferlement de haine, de violence, la descente dans les rues des intégristes de tout poil (sauf sur le caillou pour certains) pour casser de l'homo et du flic (et doublement du flic homo) au moment du texte sur le mariage pour tous, que les élus et les responsables des partis politiques opposés à ce texte ne condamnent pas fortement et fermement, -certains d'entre eux se laissant même aller à des actes de violence au sein même de l'Assemblée, légitimant ainsi la violence dans les rues- ne m'incite pas vraiment à l'optimisme quant à une éventuelle rebellion de leur part contre l'extrême droite si -ou lorsque- elle aura plus d'ampleur et de pouvoir que maintenant.

Une lecture saine qui peut faire réfléchir, parue dans la collection Social Fiction des toujours excellentes Éditions IN8 : de la Science Fiction Sociale.

Oncle Paul, Claude Le Nocher en parlent aussi

Par Yv - Publié dans : Mes lectures - Communauté : Culture Polar
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