Mardi 22 mai 2012 2 22 /05 /Mai /2012 06:34

les-affliges.jpgLes affligés, Chris Womersley, Albin Michel, 2012

Flint, petite ville d'Australie, en 1919, est, comme beaucoup de villes du pays, ravagée par l'épidémie de fièvre espagnole. Quinn Walker revient chez lui, après s'en être enfui une dizaine d'années plus tôt. Il avait été accusé du viol et du meurtre de sa petite soeur Sarah, dont il est innocent. Après avoir fait la guerre en France, il remet les pieds dans son pays, gueule cassée, bien décidé à faire payer le ou les vrais coupables du meurtre de Sarah. Il se cache dans les forêts et les collines, car tout les habitants le croient coupable et reçoit bientôt une aide inattendue, celle de Sadie, jeune fille mystérieuse, au courant de toutes les rumeurs, débrouillarde et qui attend le retour de son frère parti lui aussi à la guerre.

Je disais dans un billet précédent que j'avais un souci avec la littérature australienne. Eh bien, en un seul livre, me voici réconcilié avec elle ! Quel roman, mes amis ! Encensé par la presse australienne, à juste titre. Le contexte est fort, très fort : retour de la guerre qui s'est déroulée sur un continent quasiment inconnu des Australiens au début du siècle dernier, les conséquences de cette guerre sur les hommes qui y ont participé et sur les femmes restées seules et pour beaucoup veuves, la grippe espagnole, un meurtre horrible et une vengeance prévisible. Voilà pour les ingrédients. Mélanger le tout et vous obtenez ce roman qui une fois commencé ne se lâche plus jusqu'au bout.

L'écriture est très accessible, qui dit les choses directement, ne tourne pas autour du pot pour raconter les horreurs de la guerre : "Le sol qui s'ouvre, un soldat sodomisant un cadavre au crépuscule, un char embourbé, le silence après les tirs de barrage, tandis que les nations comptent leurs morts. De cela, il était impossible de parler. Impossible, car on l'aurait traité de menteur : nul ne souhaitait vraiment savoir de quoi est capable l'être humain." (p.63). Elle dit aussi le difficile retour à la vie quotidienne, à la terre et à l'amour des siens restés loin du conflit. La guerre, ses stigmates, visibles ou non hantent les survivants : "Quinn se rappela avoir vu ça à l'hôpital. Des "gueules cassées", ces malheureux enveloppés de bandelettes qu'on véhiculait sur des brancards, à travers les couloirs. Les amputés et les muets. Les salles d'hôpital étaient tenues dans une semi-pénombre, mais il sentait leurs regards suppliants quand il passait. On disait que des médecins peaufinaient des masques métalliques sur lesquels étaient moulés et peints ce qui avait été soufflé par les explosions -yeux, nez, menton, joues, oreilles- et c'était ahurissant d'imaginer ces hommes devenant des simulacres de ces mêmes machines qui les avaient mutilés." (p.229/230)

Il est toujours difficile de dire dans une traduction ce qui tient de l'oeuvre originale ou du traducteur (en l'occurence, une traductrice, Valérie Malfoy) en ce qui concerne le style : disons que c'est un travail -et ici très beau travail- en commun.

 

C'est évidemment un roman sombre qui parle de tout ce que j'ai déjà dit plus haut : de la vengeance, de la misère et de la difficulté de vivre dans ce pays. En plus, Quinn ne peut véritablement renouer avec ses parents qui le croient coupable du crime : il réussit néanmoins à voir sa mère alitée, victime de l'épidémie, mais de manière frustrante, puisqu'elle est en fin de vie. Mais ce bouquin a aussi de grandes parts lumineuses, parlant d'espoir, d'amour, de rédemption. Sadie représente la part d'espoir de Quinn une sorte de soeur de "rattrapage", celle qui comme Sarah aurait pu le faire, le sortira peut-être de sa colère, de sa torpeur et de ses souvenirs terribles.

Il y a beaucoup de littérature sur cette guerre et ces effets dévastateurs. Ce roman en parle, sans éviter ce qu'on pourrait appeler les passages obligés, les stéréotypes, mais en y apportant une touche d'exotisme propre au pays, liée aussi à l'esprit de vengeance et de rétablissement de la vérité qui anime Quinn. Et il ajoute une énorme touche d'humanité et d'espoir qui ne rend pas sa lecture pesante, au contraire.

Précipitez-vous sur ce roman, invité par le Festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo qui fête cette année la littérature australienne (du 26 au 28 mai).

Merci Aliénor pour ce subtil conseil. Mélopée est aussi enthousiaste que moi -voire plus encore, si si c'est possible ! Et Clara, tout pareil.

 

Par Yv - Publié dans : Mes lectures - Communauté : Les lectures de Florinette
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Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 06:05

si_tu_existes_ailleurs_01.jpgSi tu existes ailleurs, Thierry Cohen, Ed. Flammarion, 2012

"Une seule femme a compté pour lui. Un seul drame l'a anéanti. Une simple phrase bouleverse sa vie : une prédiction étrange, faite par une enfant, qui lui révèle comment et avec qui il va mourir. Noam s'engage alors dans une quête effrénée pour trouver les réponses aux questions qui le hantent." (4ème de couverture)

Lu par Madame Yv, Monsieur ayant décliné l'offre faite par Gilles Paris. Long, très long à démarrer, la mise en place des personnages, la préparation des situations, 100/120 pages pour qu'enfin commence la vraie histoire. Ensuite, les rebondissements s'enchaînent, pas toujours crédibles. L'auteur navigue entre mysticisme et amour, un peu mécaniquement, systématiquement et facilement. L'ensemble est distrayant, certes, mais au contraire de ce qui est écrit en 4ème de couverture, c'est une histoire que j'oublierai vite. Lecture aisée, même en diagonale, on ne rate rien.


malouf.jpgChaque geste que tu fais, David Malouf, Ed. Albin Michel, 2012

Recueil de nouvelles se passant en Australie. "Tous les personnages de David Malouf, hommes ou femmes, sont ensemble mais curieusement seuls, comme s'ils étaient à la recherche de quelque chose dont ils auraient manqué où qu'ils auraient raté dans leur vie" (note éditeur)

Ça m'embête un peu d'accoler ce livre avec le précédent parce qu'il est sans nul doute d'une qualité incomparable, mais le fait est que je n'ai pas réussi à aller au bout. Un petit refrain lancinant au long des pages qui me disait d'arrêter, que je n'arrivais pas à comprendre les histoires ni où l'auteur voulait en venir ou m'emmener. J'ai résisté tant que j'ai pu et plouf, je suis tombé dans une nouvelle encore plus lente et là, je n'ai pu que lâchement mais sûrement fermer ce livre. Dommage ! Rendez-vous raté. Mais peut-être que la littérature australienne ne me convient pas (je suis un des rares -sur la blogosphère- à ne pas aimer Kenneth Cook et son koala tueur)


coeurs_brises_com_01-copie-1.jpgCoeurs brisés.com, Emma Garcia, MA éditions, 2012

"Vivienne Summers est une Londonienne d'une trentaine d'années à qui la vie sourit. Elle a un bon travail, des amis qui l'aiment et surtout un fiancé à la beauté évidente et à la carrière prometteuse qui va bientôt l'épouser (même si les noces ont déjà été annulées deux fois). Lorsqu'il rentre un soir chez eux, il lui avoue qu'il ne peut pas se marier. Pour sauver son honneur, elle fait ses valises. Elle s'installe donc dans un petit appartement et attend. Des nouvelles, un coup de fil, un geste." (note de l'éditeur)

Les hasards d'un envoi en service de presse mal orienté ont fait atterrir ce livre chez moi. Passé le premier moment de doute, j'en ai eu un second, puis un troisième, pour finir par me décider -à grand tort sûrement-de ne pas lire ce qui s'annonce comme étant un chef d'oeuvre de la littérature, profond et à la fois léger, sérieux et en même temps drôle, d'un humour dévastateur, irrévérencieux, provocateur, mettant ses personnages dans des situations inattendues, particulièrement originales avec des répliques jamais entendues et qui font mouche. Madame Yv s'est lancé à l'assaut de cette montagne aux sommets ambitieux ; peut-être, si elle parvient à franchir l'obstacle nous donnera-t-elle ses impressions dans un commentaire bien senti qui me rabattra mon caquet, moi qui fais du "délit de sale gueule" ou plus exactement du "délit de littérature inintéressante" ? Non, mais c'est vrai ça, pour qui tu te prends Yv ?

Par Yv - Publié dans : Mes lectures - Communauté : Les lectures de Florinette
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Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 06:16

paris_mutuels_01.jpgParis mutuels, Jean-Marie Laclavetine, Ed. La Branche, 2012

Vincent est flambeur. Il tient un club de boxe qui sert également de tripot clandestin. Il joue aux courses. Un jour à l'hippodrome, à l'arrivée d'une course qui l'a rendu encore un peu plus chanceux, il rencontre Léa. La suite, il la raconte. Totalement aveuglé par l'amour qu'il porte à cette femme, il tombera de très haut, fera même de la prison par amour ou par lâcheté. Pourra-t-il tomber encore plus bas ? Eh bien, oui !

Nouveau numéro de l'excellente collection Vendredi 13. Il trouve naturellement sa place parmi les autres très bons titres. Vincent raconte ses malheurs, mais c'est tellement gros, impensable que c'en est drôle. JM Laclavetine se moque gentiment de son héros, le faisant passer pour un gentil, un peu naïf qui gobe tout, même le plus incroyable, par amour et pour les quelques et de plus en plus rares moments d'intimité avec Léa. Léa dont il est totalement sous la coupe. Léa qui fait ce qu'elle veut de cet homme qui se laisse facilement mener, par fainéantise ou par confort. Léa qui le ruine. Léa qui vit lorsque lui ne fait que l'attendre. (Z'avez vu ? J'use de l'anaphore, genre très couru depuis le débat d'entre les deux tours de la présidentielle, et qui a priori fonctionne bien ; je tente, on ne sait jamais, ça peut me rapporter des voix à moi aussi)

La première partie du livre est drôle, j'avoue avoir beaucoup souri aux mésaventures de Vincent. En même temps, je me disais que c'était un peu de sa faute s'il se faisait avoir comme cela malgré les conseils de son ami Angelo. Jusqu'au mariage, journée très particulière comme il se doit : "La cérémonie à la mairie fut expédiée sans tralala, suivie d'une verre au café de l'Europe et d'une promenade dans le square Marcel-Pagnol jonché de crottes de chiens, on a déjà fait plus romantique. La mariée était pressée, et nos deux témoins, Fred et Angelo, n'avaient pas grand-chose à se dire. Le temps de signer le registre sous l'oeil du greffier, de boire un coup, et nous nous sommes retrouvés seuls. [...] Mon épouse m'accordé une fantaisie : faire un détour par les rues de Vienne et de Madrid pour contempler d'en haut les voies ferrées avant de rentrer à la maison : ce fut notre voyage de noces." (p.46/47) 

Malgré cette superbe journée, inoubliable, comme il se doit pour un mariage, Vincent ne voit rien, et continue de ne vivre que pour Léa. Mais il n'a pas encore atteint "son" pire : le moment culminant de cette idylle particulièrement romantique, la naissance de Violette, qui ressemble étrangement à Fred, le frère de Léa. Car Vincent n'aime pas les enfants, ce qui nous vaut une tirade de l'auteur particulièrement vacharde :

"On devrait naître à dix-huit ans. Treize quatorze, à la rigueur. Tout ce qui se passe avant est nul et non-avenu, stupide, superficiel, inintéressant. [...] On fait semblant de trouver merveilleuse cette époque où l'on ne savait parler que par borborygmes et où l'on ne maîtrisait pas ses sphincters, où l'on se cassait la figure toutes les cinq minutes faute de savoir poser un pied devant l'autre et où l'on se fourrait la cuiller de purée dans le nez. [...] Période qui se prolonge avec l'adolescence, où l'on commence à s'intéresser à l'autre sexe et où tout se termine dans des foirades poisseuses et grotesques, des chocs d'appareils dentaires et des rougeurs de peaux acnéiques. Franchement. Ne me dites pas que vous avez vraiment aimé ça." (p.69)

La seconde partie est moins humoristique, Vincent survit plus qu'il ne vit sans Léa, abruti par un travail original qu'il ne fait pas avec plaisir. L'heure est grave, et l'auteur fait une pause dramatique, noire dans son roman. Puis, la fin redevient plus enlevée, plus joyeuse et JM Laclavetine conclut son livre dans une belle pirouette réjouissante à souhait. 

Belle écriture de JM Laclavetine, qui met ce bouquin pour moi au niveau de celui de Michel Quint que j'avais adoré surtout pour ses qualités littéraires. Beaucoup d'humour, d'ironie, d'auto-dérision, de situations "abracadabrantesques". Vincent est "un cave" comme on disait dans les films noirs des années 50/60. A propos de cinéma, il serait très bien ce livre, adapté à ce format.

Merci Pauline, de chez Gilles Paris

Même plaisir que chez moi, chez Action-Suspense.

Par Yv - Publié dans : Mes lectures - Communauté : Culture Polar
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Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 06:07

mon pere c etait toi 01Mon père, c'était toi ? Vincent Pichon-Varin, Le Cherche midi, 2012

Gilles, vendeur de chaussures le jour et transformiste dans un cabaret de Montmartre le soir reçoit un jour une lettre d'un notaire normand assez mystérieuse. En fait, Gilles hérite d'une propriété en Normandie, somptueuse maison avec terres, de son père jusqu'ici inconnu de lui. Il est né d'une brève liaison entre sa mère et son complice d'alors au cabaret (et oui, le cabaret est dans leurs gènes), Fred Ginger. Accompagné de son épouse, des colocataires de sa mère, tous les six entre 65 et 89 ans, il décide d'aller voir cette maison et d'en apprendre plus sur son père.


Un livre-comédie dans l'air du temps : les personnages secondaires mais très fortement présents sont une bande de personnes âgées, toutes colocataires à Paris, dotées d'une énergie et d'une volonté de bouger et faire bouger les autres assez peu communes. Ils dynamisent le récit nettement. C'est un livre léger, amusant, souriant, primesautier. La première partie est vraiment agréable et très légère, puis l'histoire se tend un peu -juste un peu, le sourire et la sensation de bien-être perdurent- lorsque Gilles émet des doutes quant à la paternité de l'homme dont il hérite. Un petit suspense se fait alors jour, qui aura son explication en toutes dernières pages.

On est dans une période idyllique, "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" (Jean Yanne) : Paris est un rêve, la campagne un havre de bonheur, un rien kitsch, "comme au bon vieux temps". C'est coquet, joyeux, désuet. Vincent Pichon-Varin plonge la tête la première dans tous les clichés sur les Provinciaux (il met un accent au paysan normand "à y accrocher son pardessus" comme disait Coluche)

"- Vous allez me goûter çô, il faut goûter, c'est moi qui l'ai fait et ce pommeau il est impeccab'. Un an de fût de chêne, c'est pô pour de rien, c'est sûr çô y fait au goût. Allez, à la bonne vot' et bienvenue dans not' campagne. Elle est-y pas belle not' verdure . Gadez-moi çô ! Jolie, hein ?" (p.145)

Le cafetier n'est pas mal non plus dans son genre qui s'exprime à la troisième personne "Qu'est-ce qu'il boit ?" (p.33) (ce que personnellement, je jugeais être l'apanage des garçons de cafés parisiens, comme quoi, chacun ses stéréotypes). La confrontation entre les Parisiens, artistes et les habitants du petit village donne lieu à des quiproquos, des blagues un peu éculées, au mieux prévisibles, mais qui étonnamment passent plutôt bien.

L'auteur est parfois dans la caricature, comme ce portrait d'un journaliste local :

"Le rédacteur en chef de L'Eveil est un vrai Normand, jovial et bon vivant. Ses grosses moustaches en bataille peinent à masquer de bonnes joues rougeaudes, gonflées aux escalopes à la crème, au cidre et au camenbert au lait cru. Il promène sur sa silhouette épaisse toute la définition du mot "bonhomie"." (p.211)

Si l'histoire s'était déroulée en Corse, il eut été "élevé au fromage de chèvre et à la cochonnaille, un visage en lame de couteau, dur avec des yeux qui, néanmoins inspirent la confiance et l'honnêteté", et en Bretagne : "Un vrai Breton, le teint rougeaud par l'abondance de sa consommation de cidre et en même temps buriné par les embruns, comme si les galettes de blé noir ingurgitées en nombre se reflétaient sur son visage à la fois expressif et fermé". Je vous passe le Berrichon, le Vendéen et le Ch'ti !

Voilà donc pour ce livre qui regorge de clichés, d'évidences et de facilités, mais qui dans le même temps vous fait passer un moment de lecture agréable, sans aucune arrière pensée : un livre qui ne prend pas le chou (normal, il ne se passe pas en Auvergne !) L'auteur sait faire passer les faiblesses de son bouquin au second plan : on les oublie (ou on les range dans un coin) au profit de l'histoire, et de la joyeuse aventure.

C'est bon comme une journée ensoleillée à la campagne entre amis, un pique-nique légèrement arrosé d'un rosé frais, une nappe à carreaux, des gens beaux qui jouent et rient et ne se prennent pas au sérieux. Bon comme un pub pour un fromage ou tout autre produit qui veut vanter ses mérites paysans, "de terroir".

Lu -et finalement approuvé- un après-midi d'un temps on ne peut plus pourri  : idéal pour rester quand même de bonne humeur !

Merci Pauline de chez Gilles Paris.

Par Yv - Publié dans : Mes lectures - Communauté : Les lectures de Florinette
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Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 10:49

Une page de pub pour un blog communautaire auquel je participe en tant qu'ex-juré du Prix l'express. Le blog Les 8 plumes a commencé en début de semaine une histoire librement inspirée des surréalistes qui jouaient allègrement et avec plaisir aux cadavres exquis. Mon "collègue" Benoit a commencé cette histoire qui se passe dans une morgue. Ma contribution (la quatrième dans l'ordre d'apparition) sera postée demain, puis comme nous sommes 8, quatre autres textes suivront.

Chacun écrit donc sa partie de l'histoire en fonction de ce qu'a écrit l'intervenant précédent dont on ne connait le texte que la veille de parution ! Beau défi. Allez voir le résultat !

Par Yv - Publié dans : Le reste
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Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 06:29

un-ange.jpgUn ange meilleur, Chris Adrian, Albin Michel, 2012

Recueil de nouvelles qui ont toutes en commun de traiter de sujets difficiles comme la mort, la maladie, le 11 septembre ou la folie. Toutes ont également la particularite de mettre pricipalement en scène des enfants et d'ajouter une dose de surnaturel.

J'ai été cueilli à foid dès la première nouvelle, L'arme blanche dans laquelle une petite fille s'amuse, les nuits, à tuer avec une dague de petits animaux (écureuils, chats,...) et à les laisser bien en évidence pour créer un climat de tension dans sa petite ville. Elle entraîne avec elle un jeune garçon, le narrateur.

Bon, je me dis que cette nouvelle ouvrant l'ouvrage se doit d'être marquante et que l'auteur nous emmène vers des histoires plus douces, plus calmes. Que nenni ! Si la suivante La somme de nos parties, est plus médicale, on pourrait presque se croire dans un épsisode d'Urgences (enfin, je dis ça, mais je n'ai jamais vu d'épisode de cette série, ni d'une autre se passant dans l'univers médical : Madame Yv travaillant dans le milieu, elle ne veut pas "rapporter du travail à la maison" ; de même pour moi avec Famille d'accueil : on est synchro, c'est pas mal après quelques années de mariage, n'est-il pas ?), la troisième nouvelle, Excès de vitesse repart sur les chapeaux de roues avec un gamin bizarre et son institutrice qui ne va pas vraiment mieux que lui.  Là, c'est lui qui parle : "A la récréation, je grimpe au sommet d'une cage à écureuil que tout le monde évite quand je m'y trouve. Je regarde en bas les enfants qui jouent et je me dis Toi ! Maria Josiah ! Mort à toi ! Un coup de rasoir dans ton oeil, Maria ! Buddy Washington, un grand coup de pelle dans ta gueule, si fort que tu pisseras de la gelée de framboise par le nez !

Et Molly LaRouche, ta tête dans un étau ! Sammy Fie, tartiné de miel et en pâture aux abeilles ! Rosetta Pablo, en charpie sous les crocs d'un chien ! Je passe toute la classe en revue. Ma manière à moi d'occuper ma récréation." (p.78/79)

J'ai moins goûté aux deux suivantes (La vision de Peter Damien et Un ange meilleur), en fait je suis passé à côté et n'y ai rien compris. Puis, un lot de trois nouvelles intéressantes, moins marquantes que les trois premières (Le changelin, Le héros de Chickamauga et La maladie et la mort expliquées aux enfants).

Et cerise sur le gâteau, un final en apothéose avec Antéchrist, pourquoi ? : deux adolescents, un garçon et une fille se rapprochent notamment parce qu'ils sont orphelins de pères. Une touche d'ésotérisme, une folie totale.

Chris Adrian aborde frontalement des thèmes plombants, lourds. Ses histoires ne sont pas drôles ou légères et ses personages sont ou totalement barrés, fous ou en passe de le devenir. Dans ses récits, les Etats-Unis font face à ce qu'ils ont engendré : violence (voire violence extrême), haine, peur des autres mais aussi à ce qui est inévitable : maladie, mort (et particulièrement celles des enfants), folie, l'auteur y ajoutant une dose loin d'être homéopathique de surnaturel, d'irrationnel, de religieux (il y est beaucoup question d'Enfer, de Diable) : des thèmes finalement assez classiques mais traités d'une manière originale. Ce sont des textes forts, qui ne laissent pas insensibles. Clara dit qu'elle est "sortie sonnée" de cette lecture et comme je la comprends ! J'avoue -bien que je sois un grand garçon, viril, musclé, costaud, et tout et tout (comment ça j'en rajoute ?)- que parfois la lecture est difficile parce qu'elle nous met face à des réalités qu'on préfère occulter autant qu'il nous est possible.

Pour résumer : une lecture pas facile (mais on n'est pas là que pour rigoler, non ?) mais salutaire et très originale, qui peut heurter mais qui fait forcément réagir. Allez-y, c'est du bon !

D'autres billets : Jérome, Babelio.

Par Yv - Publié dans : Mes lectures - Communauté : Les lectures de Florinette
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Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 06:04

COFFRET_EROS_4f460b7b4282d.jpgEros (4 histoires brèves et intenses), Collectif, Ed. de l'Atelier in8, 2012

"Vous qui pensiez avoir tout lu, tout vécu... Effeuillez donc habilement cette beauté, écartez voiles et couvertures, et parcourez le grain velouté de ce papier qui vous embarque dans quatre histoires audacieuses et surprenantes. Vous goûterez une littérature libertine et racée, suivrez de fougueux personnages, succomberez aux ensorcellements de la langue et à l'attrait puissant de désirs profondément enfouis... Des enchantements au parfum de soufre, de poudre, de gouffres. Plongez !" (4ème de couverture)

Comme le titre de cet ouvrage collectif et le descriptif ci-dessus le suggèrent, il s'agit d'un coffret de quatre nouvelles érotiques. Procédons par ordre :

- Le comparse, de Jacques Abeille : ou comment la création littéraire est directement liée au sexe, et plus particulièrement ici à des "jeux sexuels débridés". Très belle nouvelle, sans doute la plus osée (ou directe) des quatre. Ecrite dans un langage châtié, très recherché parfois : j'aime bien le contraste entre ce langage un rien aristocratique qui donne une certaine distance vis-à-vis des choses basiques de la vie et celui plus direct et cru des échanges sexuels des trois partenaires. Lorsque J. Abeille parle de "dard", je fais mon miel (désolé, je n'ai pas pu m'empêcher). Ainsi commence cette histoire : "L'oeil d'un vert marin éteint, le visage chevalin encadré de mèches pâles qui déjà se givraient, une longue silhouette oscillante, Henri de Hère deux fois la semaine traversait avec une mélancolie hautaine la salle de rédaction pour déposer dans la corbeille de notre chef sa chronique culturelle." (p.7)

- La féticheuse, d'Emmanuel Pierrat : un collectionneur d'art africain, avocat d'affaires, tombe sous le charme, la coupe et la croupe d'une superbe vendeuse d'objets vaudou. "Victor avait quitté l'Afrique trop jeune pour s'y attacher. Son ingénieur de père avait travaillé à l'aménagement du port de Lomé à la fin des années 60." (p.7) Un texte qui parle beaucoup plus du désir que de l'acte lui-même. Il monte, il monte jusqu'à l'apothéose. Envoûtante, sensuelle, directe et terriblement bandante, si je puis m'exprimer ainsi, pour une fois, la femme domine. 

- Monde profond, de Eric Pessan : un jeune garçon connait son premier orgasme à neuf ans, "engoncé dans un tuyau étroit, à près de vingt-cinq mètres sous terre" (p.7), dans une grotte. Il n'aura de cesse de retrouver cette sensation de plénitude en entrant dans d'autres grottes mais ne le retrouvera pas. Mais lorsque 30 ans plus tard, avec son épouse, il visite une grotte dans les Pyrénnées, il sent qu'il va se passer quelque chose, dès l'entrée. La nouvelle la plus étonnante, la plus symbolique, la plus irrationnelle, comment dire, la moins "quotidienne" même si sans doute aucun de ces termes n'est vraiment adequat, dans laquelle tous les mots sont choisis, pesés, peuvent être pris pour leurs sens multiples. Sensuelle, moite, humide, elle débute comme cela : "Le plus bouleversant, c'est l'odeur : ce mélange de glèbe et d'humidité, une odeur profonde et ancienne. Géologique. L'odeur brune et intime de la terre, une odeur d'entrailles froides qui saute au visage, se dépose en sédiments lourds dans les narines, sur la langue, saisit le corps entier." (p.7)

- Les filles d'Eve, de Frédérique Martin : dans un futur qui paraît proche, les femmes, espèce en voie de disparition, sont vendues comme des animaux lors d'un salon. Mais la révolte gronde, filmée par un caméraman loin d'être insensible aux charmes de l'une d'entre elles. ""Parfaite." Claque et mot sont assénés en même temps. Satisfait, l'homme laisse sa paume sur la croupe blanche. Caméra sur l'épaule, le reporter zoome sur les doigts, avant de remonter le long du bras jusqu'au visage glabre en plan serré." (p.9) Une histoire de révolte des femmes qui veulent prendre le pouvoir sexuel, entre autres, mais qui veulent surtout échapper au pouvoir masculin. Revendicatrice, la seule nouvelle des quatre écrite par une femme.

Loin de la pornographie, nous voici donc dans des textes érotiques, qui s'ils n'évitent pas les scènes osées, chaudes (et tant mieux, y'a pas de mal à se faire du bien, et puis, je suis venu pour ça, non ?) inspectent plutôt la montée du désir, de la puissance, du pouvoir de l'un(e) sur l'autre (et vice-versa). Très bien écrits, dans des styles différents pour les quatre, mais toujours opposant un vrai style littéraire digne des meilleurs romans classiques à des passages crus et directs. Autant j'avais été déçu par "le nouveau roman pornographique" autant là, je suis encore sous le coup de l'émotion d'avoir lu toutes ces histoires émoustillantes et sous celui de la (relative) déception d'avoir déjà fini le coffret. Si ma délicatesse naturelle et mon éducation ne me retenaient pas, je dirais bien : "tiens je remettrais bien le couvert !"

Mesdames, qui passez par ici de temps en temps et qui certains mardis osez lire des livres érotiques dans une rubrique que je suis régulièrement ("Le premier mardi, c'est permis"), et pour tou(te)s les autres aussi, bien entendu, voilà donc pour vous un coffret qui saura allier le plaisir d'une lecture osée et celui de la Littérature ! 

PS : chaque nouvelle est indépendante, éditée dans un petit livre, ce qui en fait donc quatre dans ce coffret très bien présenté. Vous pouvez donc acheter soit l'une ou l'autre nouvelle, ou deux, ou trois, ou alors le coffret avec les quatre ; un bel objet à lire ou à offrir. Sur le site de l'éditeur, vous pouvez tout savoir : atelier in8.

Par Yv - Publié dans : Mes lectures - Communauté : Les lectures de Florinette
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Mercredi 9 mai 2012 3 09 /05 /Mai /2012 06:12

c_est_beau_une_ville_la_nuit_01.jpgC'est beau une ville la nuit, Richard Bohringer, Ed. Flammarion, 2012 (Ed. Denoël, 1988)

"C'est beau une ville la nuit n'est pas à proprement parler un roman autobiographique, mais bien plutôt l'écriture d'une errance et d'une quête. [...] Ce livre est un fragment d'itinéraire de l'homme Bohringer avant même que les écrans renvoient cette image d'une "gueule" de cinéma et que celle-ci s'impose par la forte présence d'un comédien dont les valeurs personnelles ne se réduisent pas à sa profession et au narcissisme qu'elle entretient." (note de l'éditeur)

Flammarion ré-édite ce premier livre de Richard Bohringer, et c'est donc une belle occasion pour moi de reprendre mon vieil exemplaire (de 1988) et de le relire. Un petit changement dans le titre, dans la version originale, le mot "Blues" était en sous-titre : il ne l'est plus. Autrement, rien ne change, mais qu'est-ce-que c'est bien de lire du Bohringer ! Certes, j'en ai relu depuis (d'ailleurs, je crois que j'ai lu quasiment tout de cet auteur). Je me souviens l'avoir découvert avec C'est beau une ville la nuit et avoir adoré ce bouquin, pour l'écriture, pour l'auteur qui se met à nu ne passant rien de ses faiblesses, pour tout en fait. Mais comme à l'époque, je n'avais pas de blog, et pour cause, Internet n'existait pas ("Je vous parle d'un temps que les moins de vingts ans ne peuvent pas connaître..." (C. Aznavour), ou du moins pas sous la forme actuelle, eh bien, j'en parle aujourd'hui !

A la relecture, presque 25 ans plus tard, j'adore aussi. D'ailleurs, je me souvenais encore des premières phrases, pas au mot près mais pas loin : "Je m'étais endormi. La cloche de cette putain d'église m'a réveillé. Les chiens dorment sur les fauteuils, la tête dans leurs couilles. Au chaud." (p.7) C'est tout cela que j'aime chez R. Bohringer : l'écriture est directe, sèche, poétique (bon là, d'accord, ce n'est pas le meilleur exemple de poésie), certains textes de chansons sont en fin de chapitres. L'auteur crie son désespoir, son malheur, la boisson, la drogue, mais avant cela, l'abandon des parents, le sentiment de ne jamais être vraiment à sa place, l'amour qu'il cherche, trouve parfois, laisse partir aussi et retrouve, l'amitié forte et deux personnes importantes de sa vie : sa grand-mère et sa fille. Tout cela dans un style cahoté, haché que le lecteur prend en pleine face. On peut détester et/ou ne rien comprendre, c'est tout à fait exact, mais quand on a accroché on retse jusqu'à la fin et on ne peut sortir de ce livre.

J'ai relu depuis d'autres livres de R. Bohringer, et chaque fois, il refait le même coup, et chaque fois, je me fais avoir de bonne grâce et avec un plaisir que je ne renie pas du tout, au contraire, je le revendique. L'auteur n'a pas changé, identique dans ses combats, dans ses colères, dans ses amitiés, dans ses valeurs, peut-être plus revendicatif maintenant qu'il y a 25 ans (lire Les nouveaux contes de la cité perdue).

Faites-vous ou refaites-vous un Bohringer, n'importe lequel, ils sont tous excellents. Une belle idée de ré-éditer C'est beau une ville la nuit, pour que certains p'tits jeunes, pas nés ou pas encore en âge de lire en 1988, ou d'autres qui auraient pu le rater  puissent entrer dans le monde de cet écrivain avec son premier livre.

Par Yv - Publié dans : Mes lectures - Communauté : Les lectures de Florinette
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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 06:09

graveline.png La Cordillère des Landes, François Graveline, Ed. Nicolas Chaudun, 2012

"Ce n'est pas le dénivelé qui fait la difficulté d'une ascension, mais la force et la contrariété des vents. Quand François Graveline décide de s'aventurer sur la Cordillère des Landes, au-delà des vagues de l'Atlantique, c'est à l'assaut de celles des souvenirs, des espoirs et des remords qu'il part. L'altitude s'y mesure en négatif. Il s'agirait plutôt d'une descente intérieure où la contrée à découvrir est soi-même." (4ème de couverture)

Troisième et dernier (provisoirement) titre de la collection Philéas Fogg des éditions Nicolas Chaudun. Contrairement aux deux autres livres, celui-ci est écrit récemment et son auteur n'est pas académicien. C'est un très beau texte dans lequel un homme entreprend un voyage qui lui rappelle son passé. On comprend assez vite que c'est une sorte de pèlerinage suite à la disparition d'un être cher. Disparition totale ou simple éloignement ? Le texte est plus précis en dernières pages. L'auteur avance à pas feutrés et masqués. On devine plus qu'on lit la réalité. Moi, qui suis très prosaïque, j'avoue avoir eu des moments de doute, d'absence, mais la qualité du texte est bien présente et empêche de sombrer (rapport aux épaves que le narrateur jeune et son "ami" visitent) . Par moments, j'ai pu me retrouver dans un livre de Charles Juliet, notamment par le tutoiement utilisé, par le style, phrases courtes, directes mais néanmoins empreintes de poésie.

La jeunesse du narrateur défile sous nos yeux, les rapports avec la personne manquante et ce qu'il est devenu, la manière dont il s'est construit dans le manque :

"Ceux que tu avais pris pour des hommes n'en étaient pas vraiment. Tu les as rejoints, tu leur as donné des gages de bonne conduite. Ils t'ont bardé de certitudes raisonnables, t'ont adoubé domestique. Ce que tu perdis au change : la folle vérité de l'existence. Tu n'étais pas devenu un homme, seulement un réducteur de rêves. L'âge d'homme, si l'on n'y introduit en contrebande la sauvagerie, l'immensité de l'adolescence, n'est qu'un âge sans importance." (p.46)

Un livre à la belle couverture, à la mise en page soignée et très agréable qui n'est pas exempt -pour moi- d'un petit ventre mou, mais qui a un final excellent, émouvant. Attention lectrices et lecteurs sensibles, vous pourriez bien voir ces dernières pages se mouiller de quelques larmes en provenance directe de vos yeux humides. Moi qui suis -sniff- un Homme, un vrai, un dur, j'ai bien sûr évité-sniff- l'écueil, mais de peu !

Encore une bonne pioche de cette collection qui mérite d'être découverte.

Par Yv - Publié dans : Mes lectures - Communauté : Les lectures de Florinette
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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 06:02

déon Partir..., Michel Déon, Ed. Nicolas Chaudun, 2012

Treize textes ou articles qui concernent les voyages. Soit la manière de voyager, soit l'intérêt qu'on en retire, soit des découvertes de pays, de régions ou de personnes. Sept d'entre eux ont ma préférence :

- Voyager : dans lequel, Michel Déon explique sa méthode de voyage : "planter sa tente à certaines époques et n'en plus bouger" (p.12), en fait, rester un long moment, se mélanger aux autochtones, passer du temps avec eux : "J'apprenais les pays en parlant à des pêcheurs, en regardant vivre des jeunes femmes, en lisant des poèmes, des journaux, des romanciers portugais, espagnols, italiens, grecs, en goûtant à ces cuisines de la Méditerranée, qui ont le don de ne jamais se ressembler, d'être chacune la fleur d'une civilisation." (p.13)

- Pourquoi aimez-vous tant voyager ? : d'où remonte l'envie de voyager ? A quoi cela sert-il ? Qu'est-ce que ça apporte ? "Les voyages partent du coeur et y retournent. Ils brisent cette enceinte derrière laquelle nous camouflons chaque jour nos vies moroses. Pour ceux qui y restent insensibles, autant rester chez soi. Le plus beau coucher de soleil sur l'Adriatique sera toujours, pour certains, la minute qui exalte la sensibilité et livre l'esprit à d'insondables espérances, pour d'autres le moment d'aller dîner." (p.26)

- Le plaisir en voyage : une nouvelle coquine sur l'art de trouver les bons quartiers, les bonnes rues, celles qui regorgent de maisons emplies de femmes accueillantes qui chantent et dansent. Drôle, léger et très fin.

- A chacun son île : la mienne s'est appelée Spetsai : résumé d'un séjour de six mois sur l'île de Spetsai, en Grèce. Un bonheur de tous les instants, une immersion totale dans la vie locale, lente et loin du tumulte des villes et du monde. Ah, le rêve ! Moi qui n'aspire qu'à une seule chose en vacances : du calme, du silence et un rythme encore plus lent que d'habitude (ce qui si vous avez suivi fait trois choses alors que je dis n'en aspirer qu'à une seule, comme quoi, parfois, je dis n'importe quoi !)

-La campagne anglaise : dans ce texte, Michel Déon dit son amour -et celui des Anglais- pour la campagne britannique, tellement plaisante et belle au contraire de Londres, qu'il juge laide.

- De l'éthylisme littéraire : une revue des écrivains -Hemingway en tête- qui font boire à leurs héros des litres de diverses boissons fortes. Drôle, léger et érudit.

- Vous qui partez pour l'Amérique : un voyage en musique en Louisiane et un détour par "New-York parce que c'est une capitale. Il n'y en a pas tant : Londres, Paris et New-York. Tout le reste est province, même Rome. Les capitales sont des villes qui ont le secret de donner des ordres. New-York en donne, vous le verrez tout de suite." (p.144)

Se dégage de tous ces textes écrits entre 1953 et 1985 une beauté des paysages, des gens que l'auteur découvre et rencontre. Un parti pris de ne voir que le bon côté des choses, ce qui est le propre de certains souvenirs que l'on préfère joyeux. Un petit côté désuet, suranné très reposant, qui ne sied malheureusement plus à notre époque trop rapide pour prendre le temps de s'arrêter et de découvrir. 

Ouvrez et lisez ce livre, vous prendrez un grand bol d'air frais, un autre tout autant rempli d'optimisme, de beauté. Michel Déon, 93 ans, académicien, en nous plongeant dans ses voyages d'antan nous donne une folle envie de prendre le temps de s'immerger comme lui dans des pays avec les gens qui y habitent.

Par Yv - Publié dans : Mes lectures - Communauté : Les lectures de Florinette
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